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Hypothèque : amortissement direct ou indirect ? Suisse 2026

Amortissement direct ou indirect de ton hypothèque ? Comment fonctionnent les deux options, ce que change la réforme 2029 et comment décider avec un exemple chiffré.

· 10 Min. de lecture
Hypothèque : amortissement direct ou indirect ? Suisse 2026

Tu as trouvé la maison ou l'appartement de tes rêves, la banque a validé l'hypothèque. Au milieu de tout ça surgit une question à laquelle presque personne ne s'attend : « Voulez-vous amortir directement ou indirectement ? » La conseillère cite quelques mots-clés, pilier 3a, mise en gage, déduction fiscale. Tu acquiesces, parce qu'il faut bien se décider à un moment donné. Sauf que cette décision t'accompagne pendant les 15 prochaines années et qu'elle a un impact réel sur ta facture d'impôts et ton capital de prévoyance.

La bonne nouvelle : la logique derrière tout ça n'a rien de sorcier. Et depuis que la suppression de la valeur locative a été acceptée dans les urnes en 2025, le calcul a sensiblement changé, ce que la plupart des guides n'ont pas encore intégré. Nous te montrons comment fonctionnent les deux options, ce qu'elles te coûtent ou te font économiser réellement, et laquelle te correspond.

Une précision avant d'entrer dans le vif du sujet : ce choix ne concerne que la part de ton hypothèque que tu dois de toute façon rembourser. Il ne s'agit donc pas de savoir si tu amortis, mais seulement comment. C'est justement pour ça que ça vaut la peine d'y regarder de près, parce qu'à effort égal, les deux chemins mènent à un résultat sensiblement différent.

Ce que signifie vraiment l'amortissement

Pour obtenir une hypothèque en Suisse, il te faut au moins 20 % de fonds propres, dont au moins la moitié doit provenir de moyens « durs » comme de l'épargne, une avance d'hoirie ou une donation, pas de ta caisse de pension. La banque finance les 80 % restants de la valeur vénale via l'hypothèque, répartie en deux tranches.

La 1re hypothèque couvre jusqu'à 66,67 % (deux tiers) de la valeur vénale. Tu n'as en principe jamais besoin de la rembourser, elle peut rester en place jusqu'à la vente du bien ou jusqu'à la fin de ta vie. La 2e hypothèque, la part entre 66,67 % et généralement 80 %, doit en revanche impérativement être remboursée : dans un délai de 15 ans ou au plus tard à ta retraite, selon l'échéance la plus proche.

Pour t'acquitter de cet amortissement obligatoire, deux options s'offrent à toi, celles dont il est question dans cet article :

  • Amortissement direct : tu verses un montant fixe directement à la banque, en général chaque trimestre ou chaque année. Ta dette hypothécaire diminue pas à pas.
  • Amortissement indirect : tu verses ce même montant dans un compte ou une police du pilier 3a que tu mets en gage auprès de la banque. Ta dette hypothécaire reste identique pendant toute la durée, mais ton capital de pilier 3a augmente.

Cela ressemble à un détail technique, mais c'est un choix aux conséquences bien réelles sur ta déclaration d'impôts et ta prévoyance.

Pourquoi les banques insistent-elles sur ce délai ? Elles veulent s'assurer que ton hypothèque reste supportable même après ta retraite, quand la rente AVS et celle de ta caisse de pension remplacent ton salaire. Plus ta dette est basse à ce moment-là, plus légère sera la charge d'intérêts que ton revenu, alors plus faible, devra porter. Cette logique s'applique quelle que soit l'option choisie.

Amortissement direct : simple et prévisible

L'option directe est la plus simple des deux. Chaque versement réduit ta dette et, avec elle, les intérêts que tu paieras à l'avenir. Avec des hypothèques fixes actuellement autour de 1,2 à 1,9 % (à l'été 2026, le taux directeur de la BNS reste inchangé à 0,0 % depuis juin 2026), l'effet se fait sentir sur 15 ans. Tu es aussi libéré de cette part de dette à la fin de la durée, ce qui te laisse davantage de fonds propres non grevés dans ton bien.

L'inconvénient : le versement d'amortissement lui-même n'est pas déductible fiscalement. Et comme ta dette diminue, les intérêts hypothécaires déductibles diminuent aussi chaque année, ce qui tend à alourdir ta facture d'impôts, du moins jusqu'en 2029 (on y revient plus bas).

Amortissement indirect : avantageux fiscalement, mais bloqué

Avec l'option indirecte, ta dette hypothécaire reste constante pendant toute la durée, mais jusqu'à présent tu profites de deux déductions fiscales à la fois : la totalité des intérêts hypothécaires (puisque la dette ne diminue pas) et le montant que tu verses dans ton pilier 3a. En prime, ton capital 3a augmente, que ce soit sur un compte rémunéré ou, si tu l'investis en titres, avec un rendement potentiellement bien supérieur au coût de ton intérêt hypothécaire.

Le hic : cet argent est bloqué. Tu ne peux en principe y toucher qu'à la retraite, sauf si tu émigres, deviens indépendant ou finances à nouveau un logement que tu occupes toi-même. Tu mets en plus ce compte en gage auprès de la banque, ce qui limite encore ta flexibilité. Certaines solutions de pilier 3a sont en outre couplées à une assurance risque, ce qui réduit le rendement, vérifie bien ce point avant de signer et compare avec une solution de prévoyance pure comme VIAC, finpension ou frankly.

Un détail qui passe souvent à la trappe lors des entretiens de conseil : comme les prestations du pilier 3a sont imposées séparément de ton autre revenu et à un taux dégressif, il vaut la peine de répartir le capital que tu constitues pour l'amortissement indirect sur deux ou trois comptes 3a distincts plutôt que sur un seul. Tu peux ainsi les clôturer de manière échelonnée sur plusieurs années le moment venu, chaque versement restant dans une tranche d'imposition plus basse. L'effet est sensible sur des montants plus élevés et ne te coûte qu'un peu de paperasse en plus.

L'exemple chiffré

Prenons un bien d'une valeur de CHF 800 000, financé avec 20 % de fonds propres (CHF 160 000) et donc une hypothèque de CHF 640 000 (nantissement de 80 %).

Poste Montant
1re hypothèque (jusqu'à 66,67 %) CHF 533 333
2e hypothèque (à amortir) CHF 106 667
Amortissement par an (15 ans, arrondi) CHF 7 111
Amortissement par mois CHF 593

CHF 7 111 par an se situe juste en dessous du montant maximal 2026 du pilier 3a pour les salariés avec caisse de pension (CHF 7 258). Si ton amortissement obligatoire dépassait ce maximum, tu répartirais soit sur deux comptes 3a, soit une partie en direct et une partie en indirect. De nombreuses banques autorisent explicitement cette combinaison, on y revient dans le conseil pratique plus bas.

En supposant un taux marginal d'imposition de 30 % (Confédération, canton et commune confondus, ce taux varie selon ta situation), la déduction 3a supplémentaire de l'option indirecte t'économise environ CHF 2 130 d'impôts par an, soit environ CHF 32 000 cumulés sur 15 ans. S'y ajoute le maintien de la déduction complète des intérêts hypothécaires, qui diminue année après année avec l'option directe. Au terme des 15 ans, l'option indirecte te laisse en plus un capital 3a d'au moins CHF 106 667 (nominal), plus un éventuel rendement si l'argent était investi en titres.

Ces chiffres sont un exemple de calcul, pas un conseil fiscal ou de placement. Ton taux marginal réel, les conditions de ton hypothèque et le rendement de ton portefeuille 3a dépendent de ta situation personnelle et de ton canton de résidence. Pour un calcul contraignant, un entretien avec ta banque ou une fiduciaire s'impose. Utilise notre calculateur d'hypothèque et notre calculateur de pilier 3a pour tester tes propres chiffres.

Le tournant de 2029 : la réforme de la valeur locative change la donne

Le 28 septembre 2025, le peuple suisse a accepté la suppression de la valeur locative, avec 57,7 % de oui. Le Conseil fédéral a fixé l'entrée en vigueur de la réforme au 1er janvier 2029, avec une phase transitoire courant jusqu'à fin 2028. Pour toi, propriétaire, cela signifie : dès 2029, la valeur locative disparaît comme revenu imposable, mais en contrepartie, la déduction des intérêts hypothécaires sur le logement que tu occupes toi-même disparaît elle aussi en grande partie, à l'exception d'une règle limitée dans le temps pour les primo-accédants et pour les biens loués ou affermés.

Et c'est précisément là que le calcul ci-dessus vacille. Le principal avantage fiscal de l'amortissement indirect, le maintien complet et durable de la déduction des intérêts hypothécaires, disparaît largement pour la plupart des propriétaires dès 2029. Ce qui reste, c'est « seulement » la déduction de ton versement 3a lui-même, que tu aurais de toute façon, que tu utilises ton compte 3a pour l'amortissement ou que tu y verses normalement pour ta prévoyance.

En pratique, cela signifie : si tu démarres aujourd'hui un amortissement sur 15 ans, il courra jusqu'à environ 2041, bien au-delà de la date de la réforme. Durant les trois à quatre premières années, tu profites encore du système actuel, ensuite la balance penche sensiblement en faveur de l'option directe, du moins sur le plan fiscal. La manière dont chaque canton concrétisera les règles transitoires reste en partie ouverte. Aborde activement ce point avec ton administration fiscale cantonale ou ta banque avant de t'engager.

Quelle option te correspond

Il n'y a pas de réponse universelle, mais quelques questions t'aident à trancher.

Épuiserais-tu de toute façon ton pilier 3a ? Si oui, rien ne s'oppose vraiment à l'indirect. Tu obtiens l'avantage fiscal quasiment gratuitement, puisque cet argent serait de toute façon parti dans la prévoyance, il est juste lié à ton hypothèque via la mise en gage.

Quelle est la durée restante de ton amortissement par rapport à 2029 ? Plus ta durée restante se rapproche de la date de la réforme ou la dépasse, moins l'argument fiscal classique en faveur de l'indirect pèse lourd. Si tu n'as plus que 5 ans devant toi aujourd'hui, tu profites encore presque pleinement de l'ancien système.

Es-tu à l'aise avec un capital bloqué et mis en gage ? Si la flexibilité compte plus pour toi que le dernier franc d'impôt économisé, par exemple parce que tu prévois beaucoup de changements professionnels ou personnels dans les prochaines années, l'option directe est le choix le plus tranquille.

À quelle distance es-tu de la retraite ? Plus tu t'en rapproches, plus l'amortissement direct a du sens, pour que ta dette diminue avant que ton revenu ne baisse à la retraite et que la capacité financière ne se resserre.

Es-tu prêt à placer ton capital 3a en titres plutôt que sur un compte d'épargne ? C'est seulement dans ce cas que l'amortissement indirect déploie son second avantage potentiel, un rendement attendu plus élevé sur le long terme. Sur un simple compte 3a rémunéré, cet avantage s'évapore presque entièrement, les taux y sont actuellement à peine au-dessus de zéro.

Conseil pratique : combiner les deux

Tu n'as pas à choisir entre tout ou rien. La plupart des banques permettent de diviser la 2e hypothèque, par exemple moitié en direct, moitié en indirect, ou de répartir la part indirecte sur deux comptes 3a distincts avec des stratégies de placement différentes. Concrètement, dans notre exemple, cela donne : CHF 3 556 par an versés directement à la banque, CHF 3 555 sur un compte 3a mis en gage. Cela réduit le capital bloqué tout en te garantissant une partie de l'avantage fiscal et du rendement 3a potentiel. Aborde ce point activement lors de ton entretien hypothécaire, les banques le proposent rarement d'elles-mêmes, car l'option simple leur demande moins de travail de conseil.

En résumé

Amortir directement ou indirectement n'est pas une question de conviction, mais un calcul qui dépend de ton taux d'imposition, de ta capacité de risque et de ton horizon temporel, et que la réforme de la valeur locative de 2029 fait sensiblement bouger. Prends dix minutes avant ton prochain rendez-vous avec la banque, calcule ton propre exemple avec notre calculateur d'hypothèque, et décide en connaissance de cause plutôt que par habitude. Les 15 ans auxquels cette décision t'engage en valent la peine.