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Rédiger son testament en Suisse : étape par étape (2026)

Rédiger un testament en Suisse : réserves héréditaires, mandat pour cause d'inaptitude, exigences de forme – tout ce qu'il faut savoir, expliqué simplement.

· 10 Min. de lecture
Rédiger son testament en Suisse : étape par étape (2026)

Imagine que tu deviennes incapable de discernement demain. Accident vasculaire cérébral, accident de la route, quelque chose qui arrive sans prévenir. Qui décide alors de tes comptes bancaires, de ton traitement médical, de ton logement ? Et si tu décèdes : qui reçoit ton épargne, ton bien immobilier, ton véhicule – et que se passe-t-il avec le reste ?

Sans instructions écrites de ta part, la loi suisse règle les deux automatiquement. Ça paraît rassurant à première vue – jusqu'à ce que tu voies concrètement ce que la réglementation légale implique. Alors il devient vite clair que la plupart des gens auraient voulu autre chose.

Le testament et le mandat pour cause d'inaptitude sont les deux documents qui y remédient. En Suisse, tous deux peuvent être rédigés sans avocat et sans grands frais – à condition de savoir comment procéder et ce qui doit y figurer. C'est exactement ce que nous examinons ici.

Sans testament : comment la loi partage ton héritage

Qui décède sans laisser de testament est soumis à la dévolution légale. Le Code civil suisse (CC) règle clairement qui hérite dans quel ordre. La règle de base : les proches héritent par «souches», du plus proche au plus lointain.

La première souche ce sont tes descendants : enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants. Ils ont la priorité sur tous les autres. Si tu as des enfants, tes parents et frères et sœurs n'héritent de rien – sauf si tu en décides autrement.

La deuxième souche ce sont tes parents et leurs descendants (donc tes frères et sœurs, neveux, nièces). Ils entrent en jeu si tu n'as pas d'enfants.

La troisième souche ce sont les grands-parents et leurs descendants (oncles, tantes, cousins). Ils héritent seulement s'il n'y a ni enfants ni parents.

Ton conjoint ou partenaire enregistré hérite aux côtés de ces souches : à côté des enfants, il ou elle reçoit la moitié de la succession ; à côté des parents, les trois quarts. Si tu n'as pas d'héritiers légaux et pas de testament, tout va au canton – ou à la commune.

Ce que la dévolution légale ne peut pas faire : elle ne tient pas compte des partenaires non mariés, des bons amis, d'une association préférée ni des circonstances particulières dans la famille. Ce que tu veux probablement ne correspond souvent pas à ce que fait la loi.

Réserves héréditaires : ce que tu ne peux pas donner librement

Tu as le droit d'organiser ta succession par testament – mais pas totalement librement. Le droit successoral suisse connaît les réserves héréditaires : des parts minimales que certains héritiers reçoivent toujours, peu importe ce que tu écris dans le testament.

Depuis le 1er janvier 2023, le droit successoral révisé est en vigueur en Suisse – la plus grande réforme depuis plus de 100 ans. Le changement le plus important : les réserves héréditaires ont été réduites, tu as donc plus de liberté.

Voici la situation actuelle :

Personne Droit successoral légal Réserve héréditaire (minimum) Ta liberté
Conjoint / partenaire enregistré 50 % (avec enfants) 25 % de la succession totale 25 %
Enfants (total) 50 % (avec conjoint) 25 % de la succession totale 25 %
Parents Plus de réserve Pleine liberté

Un exemple concret : tu laisses CHF 400'000, es marié/e et as deux enfants. Légalement, ton conjoint recevrait CHF 200'000 et les enfants ensemble CHF 200'000. Avec le droit successoral révisé, tu peux maintenant avantager ton conjoint – lui attribuer jusqu'à 75 % (CHF 300'000), du moment que les enfants reçoivent ensemble au moins 25 % (CHF 100'000).

Ce que tu peux faire avec cette liberté : gratifier des amis, soutenir une association, instituer des beaux-enfants ou protéger un partenaire non marié. Sans testament, rien de tout cela n'est possible.

Ce que tu ne peux pas faire : priver complètement des héritiers de leurs réserves. Exception : il existe des causes de déshéritement définies par la loi, par exemple si quelqu'un a commis une infraction grave contre toi ou un proche. C'est l'exception absolue et cela doit être motivé dans le testament.

Le testament olographe : comment le rédiger

En Suisse, il existe deux formes principales de testament. La plus simple est le testament olographe – et tu peux le rédiger chez toi aujourd'hui, sans avocat, sans notaire, sans frais.

Pour être valable, le testament doit remplir les conditions suivantes :

Entièrement écrit à la main. Ne pas taper sur ordinateur puis signer – ça ne vaut pas. Tout, de la première à la dernière ligne, doit être écrit à la main. Pas de mélange entre texte tapé et signature.

Portant une date complète. Le jour, le mois et l'année doivent y figurer. Le lieu n'est pas obligatoire, mais utile : «Genève, 31 mai 2026».

Signé de la main du testateur. À la fin, avec ton nom complet. Pas d'initiales, pas de tampon.

C'est tout. Tout ce qui remplit ces trois conditions est un testament valable en Suisse.

Ce que tu dois absolument y mettre

Un testament n'a pas besoin d'utiliser un langage juridique. L'important est que ta volonté soit clairement et sans ambiguïté reconnaissable. Un testament complet contient typiquement les points suivants :

Introduction avec identification : ton nom complet, ta date de naissance, ton lieu de résidence – pour qu'il soit clair qui a rédigé le testament. «Je, [nom], né/e le [date] à [lieu], domicilié/e à [adresse], déclare ceci comme mes dernières volontés.»

Désignation des héritiers : qui reçoit quoi ? Le plus précisément possible. Si plusieurs personnes doivent hériter, fixe les quotes-parts. Exemple : «Ma sœur [nom] reçoit 30 % de ma succession.»

Legs particuliers : y a-t-il des objets ou des montants spécifiques qu'une personne déterminée doit recevoir, indépendamment du partage successoral ? Tu peux le régler séparément. Exemple : «Mon vélo revient à mon ami [nom].»

Exécuteur testamentaire : tu peux mandater une personne pour surveiller l'exécution du testament. C'est facultatif, mais fortement recommandé en cas de situations plus complexes.

Date et signature : comme décrit ci-dessus – sans cela, tout est nul.

Ce que tu devrais éviter : les contradictions, les formulations peu claires («je voudrais que...» est juridiquement flou – mieux vaut «je dispose que...»), et les désignations de bénéficiaires vagues sans nom complet.

Quand vaut-il la peine de faire un testament public ?

Le testament public est authentifié par un/e notaire, en présence de deux témoins. Il est documenté de manière plus contraignante, plus difficile à contester et est utile lorsque la situation patrimoniale est complexe : biens immobiliers, entreprises, succession internationale ou si tu ne peux pas écrire.

Les coûts varient selon le canton et la complexité, mais compte CHF 500 à 2'000 pour un testament public simple. Pour la plupart des particuliers, le testament olographe est tout à fait suffisant.

Le mandat pour cause d'inaptitude : qui décide si tu ne peux plus le faire ?

Le testament règle ce qui se passe après ta mort. Mais que se passe-t-il si tu ne décèdes pas, mais que tu deviens incapable de discernement ? Accident, démence, maladie grave – des situations où quelqu'un d'autre doit prendre des décisions pour toi.

Sans mandat pour cause d'inaptitude, c'est alors automatiquement l'APEA (autorité de protection de l'enfant et de l'adulte) qui intervient. L'APEA nomme un curateur – ce peut être une personne étrangère, et tu n'as aucune influence sur qui ce sera.

Avec un mandat pour cause d'inaptitude, tu désignes toi-même qui s'en charge : ton partenaire, un frère ou une sœur, un ami proche. Et tu peux définir pour quels domaines cette personne est compétente.

Le mandat pour cause d'inaptitude couvre trois domaines :

Soins personnels : lieu de résidence, traitement médical, décisions du quotidien – qui s'occupe de toi en tant que personne ?

Gestion du patrimoine : qui gère tes comptes, paie tes factures, surveille tes placements ?

Représentation dans les rapports juridiques : qui peut signer des contrats, effectuer des démarches administratives, te représenter vis-à-vis de tiers ?

Tu peux désigner la même personne pour les trois domaines ou des personnes différentes pour des domaines différents. Il est également judicieux de prévoir une personne de remplacement, au cas où la première personne ne pourrait pas ou ne voulait pas accepter le mandat.

Comment rédiger un mandat pour cause d'inaptitude valable

Les exigences de forme sont identiques à celles du testament olographe : entièrement écrit à la main, daté, signé. Alternativement, tu peux le faire authentifier publiquement – c'est plus complexe, mais également possible et dans ce cas plus forcément manuscrit.

Une remarque importante : le mandat pour cause d'inaptitude n'entre pas en vigueur immédiatement quand tu le rédiges. Il doit d'abord être validé par l'APEA, dès qu'il est nécessaire. L'APEA vérifie alors si tu es effectivement incapable de discernement, et ce n'est qu'alors que la personne que tu as mandatée reçoit la confirmation officielle.

Ton mandat pour cause d'inaptitude doit donc être formulé de manière si claire qu'il ne laisse aucune place aux malentendus. N'écris pas simplement «mon partenaire doit tout gérer» – mais précisément ce qu'il ou elle peut faire dans quel domaine et ce qu'il ne peut pas.

La directive anticipée : ta volonté en matière médicale

Outre le testament et le mandat pour cause d'inaptitude, il existe un troisième document que tu devrais connaître : la directive anticipée du patient. Elle règle spécifiquement les décisions médicales – que doit-il se passer si tu ne peux plus consentir toi-même ?

Concrètement : veux-tu des mesures de maintien en vie si aucune guérison n'est possible ? Quelle est ta position sur la réanimation, la ventilation artificielle, la thérapie antidouleur ? La directive anticipée donne aux médecins et à tes proches des instructions claires.

Il n'y a pas d'exigences de forme pour la directive anticipée comme pour le testament – elle n'a pas besoin d'être manuscrite. L'important est qu'elle soit datée, signée et que tu étais en état de discernement quand tu l'as rédigée. Des modèles gratuits sont disponibles auprès de la Ligue suisse contre le cancer, Pro Senectute ou sur ch.ch.

Où conserver testament et mandat pour cause d'inaptitude

Un testament ne sert à rien si personne ne le trouve ou s'il est trouvé trop tard. La conservation est tout aussi importante que le contenu.

À domicile : beaucoup conservent leur testament chez eux – dans un coffre-fort ou une enveloppe fermée avec la mention «Testament de [nom]» sur l'enveloppe. Important : au moins une personne de confiance doit savoir où il se trouve.

En mairie / au registre cantonal : dans la plupart des cantons, tu peux déposer ton testament contre une modeste taxe auprès de l'autorité compétente. Cela garantit qu'il sera trouvé après ton décès, car les communes vérifient automatiquement après un décès s'il existe un testament enregistré.

Chez le notaire : qui a un testament public sait de toute façon qu'il est conservé chez le notaire.

Pour le mandat pour cause d'inaptitude : écris sur la première page où l'original est conservé, et informe au moins une personne de comment y accéder en cas d'urgence. Beaucoup conservent testament et mandat ensemble.

Un conseil pratique : range les deux documents avec une courte note d'information indiquant où se trouvent d'autres informations importantes – coordonnées bancaires, assurances, mots de passe pour les comptes numériques. C'est ce qu'on appelle un «cahier de prévoyance» et cela facilite énormément le travail de tes proches.

Les erreurs les plus fréquentes dans les testaments

Dans la pratique, les testaments échouent souvent pour les mêmes raisons. Voici les plus fréquentes :

Pas écrit à la main : un testament tapé sur ordinateur est invalide en Suisse. Pas d'exception, pas de zone grise.

Pas de date ou date incomplète : «printemps 2026» ne suffit pas. Jour, mois, année – en entier.

Plusieurs testaments sans ordre clair : si tu as rédigé plusieurs testaments au fil des ans sans détruire l'ancien ni indiquer que le nouveau est le «dernier testament», des ambiguïtés peuvent surgir. Détruis les versions antérieures ou mentionne expressément dans le nouveau testament : «Je révoque tous mes testaments antérieurs.»

Formulations contradictoires : «tout revient à ma femme, sauf la maison de vacances qui doit appartenir à mes enfants» – et aucune disposition sur ce que les enfants font de la maison de vacances si la femme est encore en vie. De telles lacunes mènent à des conflits.

Réserves héréditaires non respectées : mettre les enfants à zéro n'est juridiquement pas possible – la réserve s'applique toujours. Un avocat peut aider dans les cas litigieux.

Conseil pratique : comment s'y prendre concrètement

Il ne faut pas de diplôme en droit pour commencer avec le testament et le mandat pour cause d'inaptitude. Voici une démarche simple qui fonctionne bien :

Premièrement : procure-toi une feuille A4 blanche et un stylo. Rédige le testament olographe d'un seul jet – date, lieu, ton nom complet, tes quotes-parts successorales, ta signature. Clair et simple. Si tu as des doutes ensuite, fais-le relire par un avocat – une consultation ponctuelle coûte souvent CHF 150 à 300 et te donne la sécurité.

Deuxièmement : rédige en parallèle le mandat pour cause d'inaptitude. Sur ch.ch et auprès de Pro Senectute, il y a des modèles gratuits à titre d'orientation – tu peux t'en inspirer pour la structure et rédiger ensuite ta propre version de manière manuscrite.

Troisièmement : mets les deux documents dans une enveloppe, étiquette-la à l'extérieur et dis à au moins une personne où elle se trouve. C'est tout.

Révise le tout quand ta situation de vie change substantiellement : mariage, divorce, naissance d'un enfant, achat d'un bien immobilier, décès d'un héritier désigné.

Ton prochain pas

Testament et mandat pour cause d'inaptitude font partie des choses que presque tout le monde reporte – et qu'on ne regrette jamais d'avoir faites. Tu n'auras peut-être jamais besoin des deux documents ensemble. Mais quand tu en as besoin, c'est généralement urgent et sans temps pour les rédiger encore.

Prends 30 minutes aujourd'hui : esquisse ta volonté en points clés. Qui doit recevoir quoi ? Qui doit décider pour toi si tu ne peux plus le faire ? À partir des points clés, le document proprement dit prend forme en une deuxième étape.

Plus de soutien pour les documents de prévoyance sur ch.ch, auprès de Pro Senectute ou directement auprès d'un notaire suisse de ta commune.